Plus de kilomètres, plus de solidarité
Table couvre-toi développe pas à pas ses activités. L’exemple de la plateforme logistique de Cadenazzo illustre concrètement ce que cela signifie: plus de camions, plus de récupérations chez les donateurs, plus de livraisons et, à partir de l’automne, le premier véhicule électrique de la flotte.
Il est 13 heures en ce lundi orageux d’août. Le cinquième conteneur roulant a été à son tour chargé dans le camion. Les portes sont fermées, le moteur démarre, en route pour le centre de distribution de Biasca. Au volant de «Chicco II» a pris place Ciro Barlese, 50 ans, nouveau responsable de la logistique du site logistique de Tavolino Magico à Cadenazzo depuis le mois de janvier. Dès qu’il en a la possibilité, il s’échappe du bureau pour quelques heures et s’installe au volant. L’occasion pour lui de se rendre compte par lui-même des différentes étapes de la chaîne logistique: la récupération des dons de produits, le transport vers les centres de distribution, la distribution aux bénéficiaires des denrées alimentaires sauvées et surtout le contact avec les bénévoles sans lesquels rien de tout cela ne serait possible. «Chicco II» est le petit dernier de la flotte: un véhicule frigorifique de dernière génération, doté d’une plus grande capacité de chargement et d’un moteur zéro émission. Grâce aux sponsors «Augmentum» et «Metis Fondazione Sergio Mantegazza», Tavolino Magico disposera cette année de deux nouveaux véhicules: «Chicco II» et «Sergio II». Le premier remplace Chicco I, arrivé en fin de vie. Avec les deux nouveaux venus, la flotte compte désormais six véhicules de livraison (plus un utilitaire). Ce qui pourrait paraître comme un simple chiffre est en réalité bien plus pour la logistique de Tavolino Magico: «Une flotte plus conséquente permet d’augmenter aussi bien l’efficacité du transport que nos capacités de récupération des dons et de distribution de denrées alimentaires dans toute la Suisse italienne», nous explique Ciro Barlese alors que nous prenons l’autoroute. «Nous sommes ainsi en mesure d’optimiser la planification de nos itinéraires, nous gagnons en flexibilité et le travail peut continuer même quand un véhicule manque à l’appel parce qu’il est en révision.» Il nomme ensuite le chiffre qui illustre l’utilité et la valeur d’un camion tel que Chicco II: «Il nous permet de récupérer jusqu’à 800 kilogrammes de produits supplémentaires et d’obtenir une meilleure couverture de la zone.» Pour Bellinzone et la haute vallée du Tessin, cela veut dire par exemple que nous pouvons nous rendre dans au moins deux points de récupération de produits supplémentaires tous les jours. Mais ce n’est pas tout: «Le nombre de bénéficiaires a augmenté dans plusieurs centres de distribution. Nous sommes désormais en mesure de transporter plus de denrées alimentaires sans avoir besoin de faire appel à un véhicule en train d’effectuer sa tournée de récupération de dons de produits.» Ce qui nous permet d’augmenter nos capacités de sauvetage et de distribution de denrées alimentaires.»
Petite visite au nouveau centre de distribution Biasca 2
Le premier arrêt s’effectue à Biasca. Nous nous trouvons dans l’ancienne caserne de pompiers, non loin de la gare. Tavolino Magico y a doublé le nombre de jours de distribution depuis le mois de mai: au vendredi historique s’ajoute désormais le lundi. On y distribue chaque semaine quelque 1,2 tonne de denrées alimentaires à plus de 290 bénéficiaires. Elles et ils sont nombreux à venir des vallées voisines, comme celles de la Léventine et de Blenio, dans les deux centres de distribution de denrées alimentaires de Biasca. «Chicco II» transporte aujourd’hui 450 kilogrammes de denrées alimentaires sauvées. Seize bénévoles nous attendent déjà. Deux se précipitent pour nous aider à décharger les chariots à roulettes. En l’espace de quelques minutes, les caisses sont transportées du véhicule sur les tables. Une grande effervescence règne dans le vaste local du centre de distribution de Biasca. Enea Solari, bénévole de Tavolino Magico depuis plus de dix ans, en fait partie. Il a commencé son bénévolat à Grono et est désormais suppléant du/de la responsable du nouveau centre de distribution Biasca 2 qui a ouvert ses portes au milieu de l’année. «J’ai en commun avec mes collègues une conscience aiguë et indispensable des responsabilités que les bénéficiaires apprécient beaucoup.» Emanuela Laffranchi-Chiesi est chargée de la coordination du groupe. Elle vérifie que tout est bien prêt et donne des instructions. «J’aime aider parce que je crois en un monde où les denrées alimentaires sont distribuées au lieu d’être gaspillées.» Au moment de reprendre la route, les cinq conteneurs roulants sont vides. Les 450 kilogrammes de denrées alimentaires sont arrivés à bon port et seront bientôt distribués aux bénéficiaires de Tavolino Magico.
Je n’avais pas conscience de l’ampleur de la pauvreté dans le canton du Tessin. Dans beaucoup de familles, un salaire n’est pas suffisant.
«Je voulais participer au projet»
Mais la journée n’est pas encore terminée pour «Chicco II». À 14 heures 30, nous sommes chez Coop à Biasca où des produits excédentaires attendent d’être récupérés. Nous poursuivons notre route en direction de Castione et de la centrale de distribution de Coop: les caisses ont déjà été triées par «l’équipe de triage» de Tavolino Magico dans le courant de la matinée et attendent d’être récupérées. À chaque nouvel arrêt, les cinq conteneurs roulants se remplissent à nouveau. Ciro Barlese jauge la cargaison d’un œil satisfait. Après 25 années de travail dans le domaine de la logistique des produits alimentaires, il a décidé de changer de cap. «Je voulais agir, mettre mes compétences au service d’une bonne cause.» C’est une journée passée dans le centre de distribution Spazio Aperto de Bellinzone en tant que bénévole qui lui a permis de comprendre qu’il était à la bonne place chez Tavolino Magico. «Je n’avais pas conscience de l’ampleur de la pauvreté dans le canton du Tessin. Dans beaucoup de familles, un salaire n’est pas suffisant. J’en ai été profondément ému, ayant moi-même un fils âgé de deux ans. J’ai compris que je voulais faire partie de l’association Tavolino Magico.» Sa grande expérience s’exprime dans sa manière de slalomer avec précision entre les palettes, les caisses et les régulateurs de température. «Je suis très tatillon», avoue-t-il franchement en souriant. Depuis son arrivée, il a mis en place et optimisé de nouveaux processus. Certains concernent la préservation systématique de la chaîne du froid, un sujet crucial, surtout en été, quand chaque degré peut faire la différence. Pendant que nous roulons, nous parlons de logistique, des gens et des besoins. Nous avons encore deux arrêts: Denner et Lidl à Sant’Antonino, avant de rentrer à Cadenazzo. À la pesée, «Chicco II» affiche à nouveau 450 kilogrammes, des dons de produits qui vont être triés sur la plateforme logistique de Cadenazzo et préparés pour la distribution à d’autres personnes touchées par la pauvreté. C’est un exemple de l’avantage de disposer d’un véhicule supplémentaire: plus de kilomètres, plus de denrées alimentaires, plus de livraisons de centres de distribution possibles, plus de solidarité.
La transition électrique
La flotte de véhicules de Table couvre-toi, en plus de s’étoffer, devient plus respectueuse de l’environnement: à l’automne prochain, le premier véhicule électrique de la flotte nationale sera mis en service. Ciro Barlese ne cache pas son impatience: «Tavolino Magico aussi a les yeux tournés vers l’avenir et l’environnement. Nous nous sommes fixé comme objectif de renouveler progressivement toute la flotte et de passer du moteur à combustion à l’électrique. Nous serons le premier site de Tavolino Magico à le faire.» Il s’agit d’un monospace, un Kia PV5 Passenger, destiné à conduire l’équipe de triage au centre de distribution Coop de Castione où les produits excédentaires provenant de toutes les filiales sont triés. 124 tonnes de denrées alimentaires y ont ainsi été sauvées de janvier à juillet. Mais avant que ce véhicule ne prenne la route, il faudra installer une borne de recharge et former le personnel. «Ce sera indispensable, car il s’agira d’un véhicule 100 % électrique», explique-t-il. «Nous devons comprendre en quoi consiste l’entretien et avoir les batteries à l’œil.» Une certaine nervosité est palpable face à cette nouveauté totale. Mais tout le monde a bien conscience que franchir cette étape est nécessaire. La feuille de route est claire: augmenter la capacité de récupération dans le cadre du sauvetage de denrées alimentaires, réduire les émissions et ouvrir de nouveaux centres de distribution. Un défi sur quatre roues, à tous les niveaux.